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 Alain Prost : l'interview

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greencreeper
Obi-Wan "Ben" Kenobi
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MessageSujet: Alain Prost : l'interview   Jeu 1 Nov 2012 - 18:13

Voici les écrits de l'entretien publié dans "L'Equipe Magazine" n°611 du samedi 16 octobre 1993 ; entretien qu'obtint le journaliste Olivier Margot avec Alain Prost juste avant de courir les grands prix du Japon et d'Australie (donc juste après l'obtention par Prost de son quatrième titre mondial).


Vous annoncez que vous arrêtez un vendredi à Estoril. Votre famille a-t-elle été la première informée ? Aviez-vous prévenu vos parents, par exemple ?
En réalité, cette annonce, je voulais la faire le jeudi. Et je ne savais pas trop comment le dire à mes parents. Le lundi ou le mardi précédents, je les ai appelés. Ils venaient de perdre leur chien, un chien qu'ils avaient depuis treize ans et qu'ils venaient de faire piquer. Je n'ai pas eu le courage de leur dire au téléphone, j'ai manqué d'air, je n'ai rien dit. J'ai décidé de les appeler le lendemain. Mais le lendemain, je ne les ai pas trouvés et finalement ils l'ont appris par la radio !

Et votre fils Nicolas ?
Le grand, en revanche, il a pleuré plusieurs fois. C'est absolument incroyable, lui c'était : « Au moins cinq titres ! » Maintenant ça va mieux, mais pour lui, ce n'est pas facile. Nicolas a douze ans, il a un caractère très bizarre. J'ai essayé de lui expliquer, je lui ai dit que je n'avais pas une vie très facile, je lui ai dit : « Je serai plus souvent avec toi »... « Oui, mais les cinq titres ? » Je ne savais pas que ça comptait tant pour lui.

Vous arrêtez vraiment ? Vous êtes certain que c'est vraiment fini ?
C'est sûr. Pilote comme je l'ai été, engagé dans une équipe, les essais l'hiver, seize courses, viser le championnat, c'est sûr que c'est fini...

Attendez : 82 p. 100 des lecteurs de L'Équipe interrogés veulent que vous repreniez. Niki Lauda dit que vous faites une erreur...
Je ne sais pas si les gens... Niki Lauda, à qui j'ai parlé, m'a dit : « C'est bien, fantastique, bravo. » Vous savez, il faut relativiser. Une décision comme celle-là, c'est toujours extrêmement personnel : a-t-on le droit de juger quelque chose d'aussi intime ? Dans cette décision, il y a un côté humain et un côté sportif. Je crois que les gens qui aiment la F1, qui aiment le sport, n'ont pas envie de me voir arrêter. Comme j'ai été triste de voir arrêter Michel Platini. Ou Jean-Claude Killy, dans mon enfance. Parce que ce sont des gens qui font rêver.

Cette décision, comment est- elle née, quand a-t-elle été prise ?
Ce n'est pas un coup de tête, ce n'est pas un ras-le-bol non plus, c'est une décision un peu mûrie... C'est très difficile. C'est exactement comme quand on veut publier un démenti quand on est attaqué. Pour que ce démenti soit compris, il faut que les gens puissent se transposer un peu en arrière, les faire réfléchir à ce qui s'est passé dans l'année, et même dans un passé plus lointain...

C'est-à-dire ? Que s'est-il passé ?
Dans ce sport-là, il y a énormément de joies mais il y a quand même beaucoup de frustrations. Et cette année, il s'est passé pas mal de trucs, il y a eu des moments où j'en ai vraiment pris plein la tête, alors que je ne me sens pas responsable ! Tout a commencé au mois d'août de l'année dernière quand on a présenté mon arrivée chez Williams-Renault comme un cadeau royal que faisait Renault, contre l'avis de Frank Williams, etc. Pour certains d'ailleurs, c'était grâce à Renault, pour d'autres c'était grâce à Elf... C'était faux, totalement faux puisque moi, j'ai eu des contacts avec Frank chaque année depuis 1982, quelquefois même plusieurs fois dans l'année. J'ai failli conduire pour lui deux ou trois fois. Nous avons même eu des contacts le jour même où j'ai été licencié de chez Ferrari !

Quand même, votre arrivée faisait plaisir à Renault et à Elf !
C'est évident ! Mais c'était prévu que j'aille chez Williams-Renault avec Mansell. Et quand il est parti, on a dit que c'était de ma faute, il y a eu des cabales dans la presse, on m'a fait passer pour un Machiavel alors que je n'ai absolument rien fait ! Mon seul tort : avoir signé un contrat ! J'ai dit : « J'accepte Mansell. » Et honnêtement, j'ai dit aussi : « Le seul avec lequel je ne peux pas reconduire, c'est Senna. Parce que je veux avoir du plaisir. » Cette phrase-là, ne l'oubliez pas, c'est celle qui conditionne tout : « Je veux avoir du plaisir. J'en ai marre des salades, je veux simplement conduire. »

Quelle était la position de Frank Williams ?
J'ai dit à Frank : « Ne t'en fais pas, je vais très bien physiquement, je vais me reposer, je vais faire des essais à partir de septembre, octobre, tu mets n'importe qui à côté de moi, je m'en fous, sauf Senna. »

Pourquoi ?
Parce que je sais que je suis mort d'avance, que je n'aurais pas de plaisir, parce que sur le plan médiatique, ce sera injouable. « Donc, tu prends Senna si tu veux, mais alors tu me laisses tranquille, je vais ailleurs... » De toute façon, c'était Mansell. Mais tout a commencé là. Après, il y a eu l'histoire de la super-licence, l'interview qu'on m'a reprochée, l'engagement de Williams un peu tardif...

Oui, mais pendant l'année ?
Il y a eu surtout cette course du Brésil qui m'a... Là, j'ai vraiment fait une erreur. Bon, il y avait ce truc radio, mais... Et puis la course de Donington. Cette course, si j'avais à la refaire, je ferais peut-être exactement pareil. On avait fait un choix pour le sec, il a plu tout le temps et... Pour la première fois de ma carrière, j'ai vu et lu tellement de trucs que je me suis dit : « Mais pourquoi tu es revenu, pourquoi tu es revenu ? » Le challenge était d'être champion du monde avec Renault et Williams, mais je savais que la saison était gâchée, que c'était fini. La saison était pourrie puisqu'il était hors de question que je ne gagne pas le Championnat du monde, puisqu'on faisait des comparaisons absolument stupides avec l'année dernière, alors que les voitures sont différentes, et les règlements, et les pneus, et l'essence, et la concurrence ! L'année dernière, Williams-Renault avait une suspension active et pas les autres. On sait aujourd'hui que ça équivaut à une seconde, une seconde et demie au tour.

Alain, excusez-moi, mais le fait qu'à Donington vous soyez passé par Senna qui est une sorte de génie sous la pluie, je ne vois pas ce que ça a de scandaleux...
Bien sûr que non. Mais lui, il est parti avec des conditions de pluie, des ailerons braqués à fond pour la pluie parce qu'il n'avait rien à perdre. Il a doublé Schumacher dans le premier tour, et Hill. Mais on n'a parlé que de moi.

C'est normal qu'on privilégie le duel Prost-Senna, on est en plein dans l'histoire de la F1 !
C'est vrai qu'on en a profité, lui et moi. Mais c'est aussi de la subjectivité. Exemple : Imola, la course d'après. Il y a moins d'averses et là, c'est lui qui fait l'inverse, qui part avec moins d'appuis et c'est moi qui le dépose sous la pluie. Depuis Donington, à chaque fois qu'il y a eu un truc sous la pluie, j'ai toujours fait le meilleur temps, avec une seconde ou une seconde et demie d'avance sur lui. Ce que je n'aime pas, c'est la méchanceté et la subjectivité. Autre exemple, Senna dit au début de l'année : « Quand j'aurai le même moteur que la Benetton... » Il l'a eu, son moteur, et il s'est fait taper à toutes les courses. Mais on n'en parle pas.

C'est à Imola que vous vous êtes fait siffler en salle de presse ?
Oui, c'est là. J'ai fait douze pole-positions cette année, et pas un applaudissement en rentrant en salle de presse. Pas une seule fois.

Donington, c'est le point de rupture ?
Oui, oui, bien sûr.

Et la notion du danger ? Avec les années qui passent, quand on voit les enfants grandir, est-ce qu'on ne la repousse pas un peu moins facilement ?
Honnêtement, ça vient inéluctablement mais, à mon avis, sans qu'on s'en aperçoive. Par exemple sous la pluie, dans certaines circonstances... L'accident de Didier Pironi en 1982 m'a vraiment touché car je l'ai vu voler ! Un pilote, tant qu'il ne s'est pas fait mal, même si ce n'est qu'un doigt cassé, un poignet foulé, il n'a pas le sentiment de... Quand je discutais avec Villeneuve, qui avait eu des crashes absolument incroyables, il me disait tout le temps : « De toute façon, on ne peut pas se faire mal. » Il faisait le con avec son bateau, son hélicoptère... Et le seul accident vraiment grave qu'il a eu, eh bien...

Vous êtes le pilote qui a le plus lutté pour la sécurité et donc celui qui a le plus parlé des risques de ce métier. Inconsciemment, ce n'est pas usant d'en parler autant ?
Non, car je considère que la beauté de ce métier, et du sport, c'est d'aller toujours à la limite de soi-même, de la voiture, et quand on arrive à connaître ses limites, de se dominer. Mais aujourd'hui, je me dis : « Est-ce que ça vaut vraiment la peine de prendre des risques pour ces gens-là ? »

Mais ces risques, on ne les prend pas pour les autres, on les prend pour soi !
Ce n'est pas toujours vrai. On le fait aussi pour les autres, pour la famille ; on a besoin de se sentir supporté. Moi, quand je suis au Grand Prix de France, j'ai une motivation très, très différente. Il y a parfois sur le circuit un ou deux panneaux qui vous insultent, c'est comme les lettres de fans, s'il y en a une de tordue, on ne voit que celle-là. C'est ça la vie d'un homme public.

Cet accident à Estoril cet hiver, lors d'essais privés, ça n'a pas été un déclic, une alerte ?
Honnêtement, non. Le risque, j'y pense tout le temps parce qu'il y a une chose qui est sûre, une chose que j'aime, c'est être en forme physiquement. Je fais énormément de sport et quand j'ai la grippe ou un poignet fêlé, j'en suis malade. Malade ! Quand je fais du vélo, de la moto, je fais gaffe car j'ai toujours peur de me faire mal, de m'égratigner. C'est une peur maladive, c'est comme ça. C'est pareil dans la voiture.

Et vous avez choisi ce sport-là !
Je ne m'en suis pas si mal sorti ! J'ai peur de la vieillesse, peur d'être diminué. Quand je vois Wayne Rainey, Philippe Streiff, ou Frank Williams, pour moi c'est le pire qui puisse m'arriver. C'est dans ma nature et ça n'a rien à voir avec la voiture, avec la peur brutale.

Au fond, le mot danger n'a pas le même sens quand c'est moi qui l'emploie, ou vous, pilote de Formule 1...
Le vrai danger dans la F1, c'est l'incident mécanique que l'on ne peut pas maîtriser, la voiture qui va droit dans le rail. Ou l'accrochage avec un autre pilote. Ça, ce sont de vrais risques. Mais dans ce dernier cas, le danger vient du non-respect des règles — car il y a des règles ! — et du fait que ceux qui sont chargés de les faire appliquer et respecter ne le font pas. Quand un pilote fait des choses dangereuses qui, certes, plaisent aux spectateurs et qu'on ne le pénalise pas, quand s'y ajoute une part d'intimidation, cela ne se termine pas toujours très bien. Mais ce n'est pas vraiment le débat. C'est vrai qu'on a envie d'aller le plus vite possible...

La vitesse, c'est le spectacle ?
Il y a ceux qui disent que je ne suis pas spectaculaire. Mais je ne pense pas que Senna aujourd'hui soit spectaculaire. Depuis des années, il conduit plutôt comme moi que comme Mansell ou Alesi. Et Schumacher conduit et conduira de plus en plus comme moi.

Senna s'est plaint très tôt en saison de sa voiture, de son moteur, de McLaren... Forcément, on pouvait imaginer qu'il rejoindrait Williams-Renault. Est-ce que cette possibilité, ou cette probabilité, a joué dans votre départ ?
Disons que le problème ne se pose pas comme cela. Si j'avais voulu rester chez Williams, j'aurais eu la priorité.[/b]

Sans Senna ?
Oui. Tout le monde le sait. Contractuellement...

Vous parliez de plaisir tout à l'heure. Les essais privés passent pour un de vos moments privilégiés. Et là, les témoignages sont un peu fluctuants. Avez-vous pris le même plaisir cette année ou étiez-vous déjà un peu parti ?
Si, si, j'ai pris beaucoup de plaisir. Lorsqu'après la course d'Estoril, et donc l'annonce de mon départ et mon titre de champion du monde, nous sommes restés pour des essais privés, je me suis encore régalé. Pourtant, j'avais vraiment peur de ne pas être motivé. Je me suis surpris, c'est là qu'on voit à quel point on a envie de faire ce métier. J'ai eu aussi beaucoup de plaisir à faire des pole-positions, surtout en début d'année.

Quelle est la plus belle ?
Barcelone. J'avais des problèmes, Hill avait fait un temps canon, je n'arrivais pas à faire un tour dans le trafic et je me suis vraiment arraché. Monaco, c'était une pole fantastique, Hill était loin, 1", 1"8. Le problème, c'est qu'il semblait normal que je fasse la pole et que je gagne. Comme si j'étais programmé pour gagner. Ça, c'est dur. Est-ce qu'on exigera la même chose de Senna lorsqu'il courra pour Williams l'année prochaine ? Je mets ma main à couper que non. Vous savez, les gens ne se rendent pas compte des difficultés techniques qu'on a eues sur la voiture. Même ton travail quotidien n'est pas reconnu, et c'est difficile pour les gens qui sont autour. On a l'impression qu'il suffit d'amener les voitures de l'usine, de les mettre sur le circuit, on gagne, normal, on les ramène à l'usine. Alors que les mecs font le travail beaucoup plus que les autres ! On en revient toujours à Senna, c'est regrettable parce que je n'ai pas envie non plus de... En face de nous, on a un pilote qui prend trois mois de vacances par an, en hiver, alors que moi je n'en ai jamais pris pendant treize ans, j'ai toujours fait des essais, je fais les promotions pour les sponsors, lui n'en fait jamais. Il négocie ses contrats... Il y a un moment où on se dit : « Mais putain, on ne fait pas le même métier ! » Et aussi : « Mais qu'est-ce que je fous là ! » Alors c'est vrai : en continuant, j'aurais pu avoir un titre de plus, quelques victoires supplémentaires et ça me fait chier parce que j'ai toujours le plaisir de conduire. D'ailleurs, ce n'est pas impossible que je conduise encore un peu, en essais !

Avec les nouveaux règlements, les voitures modifiées, on a le sentiment que l'année prochaine était beaucoup plus pour vous que cette année ?
Tout à fait pour moi. Cent pour cent pour moi. On l'a vu, les voitures actuelles ne sont pas difficiles à conduire.

Vous vous privez donc d'un vrai plaisir ?
Complètement. C'est le seul truc que je peux regretter vraiment.

On a beaucoup dit qu'en un an, votre année sabbatique, la F1 s'était considérablement transformée. Vous, vous souhaitez qu'on fasse machine arrière ?
L'antipatinage, par exemple, nivelle le niveau des pilotes. En plus, avec une suspension active... Avec une suspension conventionnelle, sans antipatinage, c'est le pilote qui règle la voiture et, s'il la règle mal, il n'ira pas vite. C'est tout, c'est simple.

Régulièrement, depuis 1987, vous affirmez que le climat de la F1 est pourri. Pourtant, on parle de vous comme le futur patron d'une écurie...
... Ce n'est pas sûr du tout, loin de là.

... La contradiction paraît d'autant plus forte qu'en ne pilotant plus vous perdez les seuls vrais moments de liberté totale.
Ce n'est pas une contradiction dans la mesure où, quand on n'est pas pilote, on n'a pas la même pression.

Oui, mais on a tous les ennuis !
Ecoutez, pour moi c'est un business... Si je reste dans la F1, à l'intérieur du système, c'est que j'ai énormément d'expérience et qu'il serait dommage de ne pas en profiter. Mais vous savez, j'évalue pour l'instant mes chances de faire ce job à une sur cent, pas plus, contrairement à ce qu'on a pu dire. C'est ce que j'avais dit à Estoril et ça n'a pas bougé depuis. Et si ça se trouve, ce sera une chance sur mille dans pas longtemps. En fait, je n'ai qu'une envie, c'est de changer de truc. J'ai envie de changer, j'ai vraiment envie d'être quelqu'un d'autre. Ou j'ai envie d'être moi, peut-être. Aujourd'hui en tout cas, j'ai cinquante propositions.

Tout est ouvert. On peut même vous imaginer prenant la place d'Ecclestone...
Aujourd'hui, à l'heure où l'on parle, je me vois beaucoup plus faire autre chose. Évidemment, je suis quand même obligé d'évaluer les possibilités à l'intérieur de la F1. Mais pour l'instant, le vrai challenge est ailleurs.

Quels sont les désirs forts qui apparaissent ?
J'ai beaucoup de réunions, de sollicitations. Il y a un choix à faire. Il y a la possibilité d'un truc tellement motivant qu'il oblige à travailler dix heures par jour et là, ça vaut le coup de retomber dans un truc à cent pour cent. Ou alors, privilégier la qualité de la vie, et c'est sans doute ce que je préférerais en ce moment, attendre deux, trois mois à la limite, bien digérer tout ça et réfléchir à ce que je veux faire. Mais encore une fois, sortir du circuit, tenter quelque chose à l'extérieur et le réussir, c'est ça que je trouve fantastique.

Et l'interview d'Ecclestone, parue quelques jours après votre titre ?
Elle est hallucinante. On peut en parler sans polémique, puisque je sais très bien que c'est son sentiment depuis quinze ans, et pas simplement sur moi. Moi, ça m'a touché parce que ça venait trois jours seulement après le Championnat du monde. C'est ce timing qui me déplaît. Ça prouve qu'il est dépassé, c'est aux pilotes de réfléchir à ça ; moi je m'en vais.

Est-ce qu'on se remet vraiment d'une année sabbatique ?
Honnêtement, je pensais vraiment être revenu à cent pour cent à la première course. En réalité, j'ai vu mes limites dès la deuxième course au Brésil, quand j'ai fait l'erreur sous la pluie. Il y a eu ce truc de radio qui m'a un peu déconcentré... Je rentrais au stand et, quand ils m'ont parlé à la radio, j'ai cru qu'il y avait un problème au stand et je suis ressorti. Sans cette année sabbatique, où on perd un peu de perception pendant la course justement, je n'aurais jamais fait cette erreur-là. Je serais rentré au stand, quitte à attendre une minute s'il y avait eu un problème.

Pour vous, 1993 est l'année la plus difficile ?
Psychologiquement, c'est la saison la plus difficile, sur le plan de la tension, avec Renault, etc. Après, j'ai couru différemment. J'ai couru pour ne pas faire d'erreur, quitte à manquer de panache. Parce que, les critiques, de toute façon... Il fallait assurer le résultat. Vous savez, il y a une chose, et ça c'est ma force, c'est que je fais vraiment ce que je veux. Personne n'a pu me faire fléchir, je suis ma route et je pense que cette voie était la bonne. C'est comme à Estoril. J'ai préféré être deuxième plutôt que...

Vous n'auriez pas voulu passer Schumacher ?
J'ai tenté mais sans tenter vraiment, je savais que c'était un peu risqué et puis, peu importe ce qu'on peut dire, je suis ma route et c'est ma force.[/b]

Toutes ces obligations de réussite faisaient de ce championnat à la fois le plus facile et le plus difficile.
Je n'ai même plus le droit à une excuse. A Spa, par exemple, il s'est passé un truc, personne n'en a parlé, dans mon équipe on a dit : « On n'en parle pas. » C'est grave, quand même !

Mais ce personnage-là, vous avez contribué à le fabriquer...
Mais pourquoi ? Je n'arrive pas à comprendre.

J'ai le sentiment que vous êtes un charmeur, mais de manière instinctive, pas calculée et que, en même temps, votre moteur, c'est le conflit ?
Je pense honnêtement que ce n'est pas du tout le conflit, ou alors je suis un malade mental. Je pense, et je le vois dans les équipes dans lesquelles j'ai travaillé, je pense avoir été gentil et même trop gentil. Dans le cas de Senna, j'ai été trop gentil. Dans le cas de Mansell, pareil. Le conflit, je ne l'ai jamais créé de manière volontaire. Moi, j'ai un esprit d'équipe et je considère que cet esprit-là, Senna et Mansell ne l'ont pas ! Ron Dennis m'a dit : « Le seul regret que j'aie, c'est de ne pas t'avoir gardé dans l'équipe. » Car Senna a détruit son équipe, c'est ça la vérité. Honda est parti à cause de lui. Moi, en revanche, j'ai une aversion pour la presse sportive. Il y en a eu d'autres avant moi. Platini par exemple : quand je regardais Michel pendant une interview, on sentait la tension, c'était devenu un roquet. Est-ce que c'est nous ou est-ce le système qui veut qu'à un moment on devienne comme ça, je suis incapable de répondre.

Le Prost qui gagne, il n'apparaîtrait pas dans les périodes de bagarre, difficiles à gérer ?
J'ai plutôt le sentiment que c'est l'inverse. Je pense que ça reflète un peu le malaise, car il y a un malaise. Quand on fait treize ans à ce niveau, il est impossible que tout soit blanc. Ça ne peut pas être tout noir non plus, parce que ça n'aurait pas duré aussi longtemps.

La seule chose qui compte, c'est le trait en bas de la page ?
Exactement. A tous ceux qui me critiquent avec méchanceté, j'ai envie de dire de temps en temps : vous êtes français, attendez qu'il y ait un Français, un autre, qui fasse ce que j'ai fait. Nous sommes dans un milieu géré complètement par les Anglo-Saxons, il ne faut pas l'oublier. Aujourd'hui, Renault et Elf sont détestés, notamment par Ecclestone, le pouvoir sportif, etc. Moi, on m'a toujours dit que j'étais un « frog » différent des autres et c'est peut-être pour cela que j'ai réussi. Je pense que Jean Alesi, par exemple, a vraiment l'avantage d'être chez Ferrari, surtout aujourd'hui. Il a un style très généreux et un caractère qui convient tout à fait à cette équipe. Dans une équipe anglo-saxonne, il devrait évoluer. C'est très bien qu'il reste chez Ferrari pendant qu'il mûrit.

Votre rigueur était-elle justement adaptée à Ferrari ?
La première année, oui... Mais il y a toujours un moment où ça part en lambeaux. Plus vous serrez les boulons et plus...

Il aurait fallu avoir Jean Todt ?
Avec lui, beaucoup de choses auraient changé.

Ferrari, c'est le grand regret ?
Oui, parce qu'en plus, on est passés à côté pour des conneries. L'accident du Japon qui n'a jamais été sanctionné, c'est absolument incroyable ! Senna a fini par le reconnaître un an après ! Beaucoup de Japonais étaient outrés car ils ont le sens de l'honneur. J'ai vu un mécano de chez Honda avec qui j'avais travaillé l'année d'avant, il m'a confié qu'il avait consulté la télémétrie : Senna est resté à fond avant la courbe. Même dans son cas, c'est ahurissant !

Y a-t-il une période que vous regrettez ?
Qu'est-ce qu'on peut regretter ? Même la période Senna, ça nous a servi, ne serait-ce que financièrement. En fait, il faudrait qu'on ait le même moteur et qu'on travaille chacun dans une équipe différente. Là, ce serait le vrai duel. Quand on était ensemble, le truc était un peu faussé...

Prost-Renault contre Williams-Renault ?
C'est vrai que ça serait superbe.

Est-ce que le pilote Alain Prost avait, a des rituels ?
Non. Le seul réflexe que j'ai toujours eu, c'est d'aller pisser avant le départ, mais c'est plus physiologique que... Mais je vois plein d'autres pilotes, c'est incroyable. Alan Jones, Mansell, même Damon Hill, ils mettaient le même slip. Alan Jones, c'était un slip rouge, toujours le même, troué... Je n'ai jamais eu cela ; combinaison, casque, je m'en fous, pourvu que la visière soit bien attachée, bien propre...

Autre forme de rituel, votre maman ne regarde jamais les départs ?
Elle a peur du départ.

Ce n'est quand même pas pour cela que vous en manquez quelques-uns ?
Non bien sûr. Ou alors, c'est pour qu'elle ait moins peur. J'ai l'esprit de famille ! (Il rit.)

Vos parents viennent vous voir régulièrement sur les Grands Prix ?
Deux fois par an. À Monaco et au Grand Prix de France.

Nous parlions de Nicolas tout à l'heure. Ce doit être dur d'être le fils d'Alain Prost ?
C'est sûr. Mais c'est plus sain en Suisse. C'est plus facile, il est plus à l'écart.

Au fait, pourquoi la Suisse ? Vous avez eu le courage de vous dire de droite. Mais entre un nationalisme bien compris et le fait de résider à l'étranger, il peut y avoir contradiction.
Je pars du principe que la France a une fiscalité absolument nulle. Comme d'autres pays d'ailleurs, notamment européens. Alors, bien entendu, on nous montre du doigt de temps en temps. Moi je gagne mon argent à 99 p. 100 en dehors de France, il vient de l'étranger ; de toute façon ça ne change rien pour la France. Je ne veux pas payer 70 p. 100 d'impôts sur une carrière très courte ! Alors, d'une manière légale, je suis allé habiter à 150 kilomètres d'où j'habitais avant, avec une qualité de vie identique, sinon meilleure. Et ceux qui habitent Monaco, et les Anglais de l'île de Man ? Nous aimerions bien payer dans notre pays un impôt normal mais personne ne fait rien ! Nous produisons du rêve et, de nos jours, ce n'est déjà pas mal. Mais je connais plein de gens, beaucoup plus producteurs, qui sont partis aux États-Unis. Il faut être honnête : il n'y a pas un sportif résidant en France et qui gagne de l'argent qui n'ait pas envie d'aller à l'étranger. Alors, il faut arrêter de dénigrer, de montrer du doigt, il faut raisonner de manière positive, il faut se mettre autour d'une table et se demander : qu'est-ce qu'on pourrait faire ?

Vous allez rester en Suisse ?
Oui, bien sûr.

C'est vrai, ce n'est pas très loin de Saint-Chamond. Vos parents sont soulagés que vous arrêtiez ?
Soulagés, mais quand même un peu tristes, car c'est une histoire qui s'arrête. Ils n'ont pas tort de dire : « C'est dommage, mais nous sommes heureux pour toi ! » Au fond, tout ce qui touche les proches, c'est toujours un sentiment un peu spécial. On sent les gens contents pour vous et c'est rare ces temps-ci, on sent tout de suite la vérité. Jamais mes parents ne m'ont dit une seule fois : « Arrête ! » Jamais ! D'ailleurs, personne ne me l'a jamais dit. C'est aussi le propre de ma carrière. J'ai toujours été tout seul, tout le temps, pour toutes les décisions, tous les coups durs. J'ai toujours voulu être seul, toujours, toujours. Pratiquement toutes les décisions importantes que j'ai prises, les gens les ont sues après. C'est extrêmement rare que j'aie demandé conseil à quelqu'un. Ce n'est pas par prétention, pas du tout.

C'est un goût de la solitude ?
Non. Depuis l'âge de seize ans, j'ai toujours raisonné comme cela. Parce qu'au début dans le cercle familial...

Vos parents tenaient un magasin de meubles...
... Personne ne s'y connaissait. C'était comme si j'avais voulu devenir astronaute. Moi, j'allais à l'école et je travaillais un peu avec mon père. Je jouais au foot, je me suis brisé le genou. Conduire, en faire un métier ? Allez, ça allait se passer tout seul, il fallait laisser faire ! Et tout seul, je suis arrivé. Et après, on prend l'habitude. Comment demander conseil à quelqu'un qui n'y connaît rien ? Même maintenant, alors qu'il y a des gens en qui j'ai confiance, des amis à qui je peux demander conseil, on se retrouve souvent seul, mais ce n'est pas très grave.

Vous n'avez pas peur de vous ennuyer, après cette vie d'émotions fortes, après tous ces risques ?
Le risque, ce n'est pas un problème. C'est quelque chose qui passe complètement à côté de moi. L'important, c'est plutôt d'avoir toujours des challenges, de toujours se remettre en question. Quand je gagne une course, pourquoi ne suis-je pas content sur le podium ? Parce que je pense déjà, je pense toujours à la prochaine. Ma vie a toujours été comme ça. L'année dernière, je ne me suis pas du tout ennuyé parce que j'ai fait plein de trucs qu'on ne peut pas faire quand on est en F1, ne serait-ce que d'avoir une vie sociale plus importante. Attention, je n'ai pas envie de me coucher systématiquement à deux heures du matin ! J'ai envie de faire du sport, ma vie va tourner autour du sport, du loisir ; je me dis que pendant un an, je ne peux pas m'ennuyer. De toute façon, j'ai trente-huit ans et il est impossible pour moi d'imaginer la vie sans rien faire. Impossible.

Vous êtes fondamentalement un bosseur.
Sûr et certain. C'est un besoin. Je n'ai pas envie de faire quelque chose uniquement pour l'argent ou uniquement pour la gloire. Il faut que ce soit motivant, que je prenne mon pied. Ce n'est pas facile. Mais je ferai quelque chose, c'est sûr.

Ce qu'a fait Mansell cette année, c'est fort ?
Je pense que c'est fort. Surtout pour une raison : il a dominé les autres sur les ovales. Mais je ne peux pas bien appréhender, je ne connais pas bien les voitures... Quand même, Mansell, par rapport à tous ceux qui sont là-bas, c'est trois pointures au-dessus ! On voit ce qu'a fait Andretti en F1...

Vous ne regrettez pas d'avoir été dur avec lui, dans le passé ?
Avec Mansell ? Mais Mansell, il m'a fait perdre un Championnat du monde, il a fait perdre un Championnat du monde à Ferrari ! Comment peut-on... C'est comme les gens qui vous promettent quelque chose, qui donnent leur parole alors qu'on ne leur demande rien et qui font le contraire... Cela a été le cas d'Arnoux, le cas de Senna... Et c'est moi qu'on montre du doigt parce que j'ai râlé ! Cela veut dire qu'on est dans une société de merde, c'est ça la vérité. Ça veut dire que la parole ne compte plus. Dans le cas de Mansell... L'histoire de Ferrari aurait certainement basculé à ce moment-là et c'est moi qui passe pour un râleur ! Il n'y a plus de moralité, pour moi une parole c'est une parole, c'est mieux qu'un contrat. Il n'y a pas une seule personne m'ayant côtoyé, depuis vingt ans pratiquement, qui puisse dire que j'ai été malhonnête, que j'ai gagné un centime malhonnêtement, que j'ai renié une parole.

N'avez-vous pas l'impression qu'il vous faudra attendre quelques années pour pleinement apprécier votre carrière ?
Complètement, j'en suis absolument certain. J'ai toujours pensé que je m'épanouirai quand je serai sorti de tout ça. Je suis un passionné. Je ne veux pas être comme certains qui disent « de mon temps » et qui critiquent. Je préfère critiquer quand je suis dedans ; à la limite c'est mon droit, c'est même mon devoir. J'estime être un exemple pour les jeunes pilotes, mais aussi pour la jeunesse en général. J'ai envie d'incarner le professionnalisme, le travail, plus que le talent à l'état pur parce que c'est ce qu'on doit apprendre aux jeunes qui ont tant de problèmes aujourd'hui. Et je ne céderai jamais sur la moralité. Quand je parle de parole donnée, quand c'est moi qui passe pour un salaud, ça je ne l'admettrai jamais. Vraiment jamais, jamais. Remarquez, avec le temps et quand je serai sorti de ce truc-là, ce sera peut-être complètement différent.

Dites-moi, avec vos proches, vous devez être épouvantable à certains moments ?
Je ne parle jamais de cela, pas un mot, jamais.

Mais c'est bon de parler quand ça vous touche à ce point !
Je préfère parler d'autre chose, il y a plein de choses qui m'énervent, de toute façon... Ce qui m'énerve, c'est la connerie en général. En fait, il y a plein de choses qui se rapprochent de la situation que j'ai vécue. C'est pourquoi je fais une fixation là-dessus, je suis sûr que c'est le reflet de la société, on est dans un monde de corruption à tous les niveaux.

Quelle est la place du sport ?
Justement, le sport doit incarner le pur, le vrai, la vérité. C'est délicat, je sais, parce qu'il y a de plus en plus d'argent. Mais le sport en lui-même, ce moment où les joueurs sont sur le terrain, où nous sommes sur la piste, ça devrait être pur. Ce qui se passe en dehors, je veux dire au niveau commercial, c'est une chose. A partir du moment où on commence à mélanger les deux... Vraiment, on est en train de faire fausse route. Je suis le seul qui dise cela. Ecclestone dit que le sport, c'est du show-biz : fausse route ! Même nous, on en a profité parce qu'on gagne certainement plus d'argent, mais, à terme, on fait fausse route. Et on ne donne pas un bon exemple. Et les journalistes sportifs sont aussi responsables.

Ecclestone...
Mais Ecclestone a envie de voir tel pilote là, il a envie de placer ses marionnettes. « Et je vais mettre mon moteur là, et je vais faire ci et ça... » Je ne suis pas d'accord !

Quels étaient les héros de votre enfance ?
C'était des footballeurs, Pelé, et, dans la F1, Michel Vaillant... Dans Michel Vaillant à l'époque, il y avait des histoires de gonzesses, de bons, de méchants, c'est toujours comme cela. Peut-être que je radote... (Il rit.)

Vous pensez avoir été à la hauteur de vos héros ?
Je ne sais pas.

Pourtant, vous êtes un héros maintenant ?
Moi ? Je n'ai pas l'impression. Je ne vis pas comme un héros en tout cas, pas du tout.

Avez-vous pensé à faire une très grande fête pour votre départ ?
J'y pense beaucoup. Je vais la faire avant la fin de l'année. Mais je ne sais pas encore comment, je réfléchis.

Ce sera une fête très personnelle, selon vos désirs ?
Il ne faut pas se méprendre. Il y a toujours eu chez moi un côté privé et un côté professionnel. Et c'est extrêmement rare qu'il existe des passerelles... La fête se fera avec des amis, et je ne suis pas malheureux de ce côté-là, hein... Je ne suis pas triste, mais, dans ce milieu, je reste toujours un peu sur ma faim. Mais bon, au fond de moi-même, je positive toujours... C'est comme lorsque je parle des règlements avec les gens de la FISA. J'ai horreur de la critique pour la critique. Quand je critique, je propose toujours quelque chose à côté. Il faut positiver.

Existe-t-il encore un romantisme en F1 ?
Non, non, c'est foutu.

C'était au temps de Gilles Villeneuve ou même de McLaren au début ?
Fabuleuse, l'ambiance. On montait dans la voiture, c'était votre famille qui était à vos côtés ! J'avais deux familles ! Surtout chez McLaren et la première année chez Ferrari. Chez McLaren, les premières années... Il y avait les amis et les mécanos, c'était les enfants à la limite... Quand on monte dans la voiture et qu'on sent ça, quelle force on a !

Avec les années, avec une autre ambiance, c'est une vraie famille que vous avez perdue.
Personne ne pouvait me toucher. Parce que me toucher, c'était toucher à tout le monde.

Elle a dû être dure, cette rupture avec McLaren ?
Certainement le plus dur moment. Je suis parti de McLaren sans savoir ce que j'allais faire, il ne faut pas l'oublier. Je n'avais aucun contact, aucun projet, mais ça me paraissait inévitable.

Mais qu'est-ce qui vous intéresse en dehors d'un métier aussi manifestement passionnant ?
J'adore le sport en général. Je suis tous les sports, je suis incollable. J'aime l'économie, il y a des choses que je ne comprends pas. L'économie mondiale, le monde, la situation déplorable dans laquelle nous sommes, combien de fois je me pose des questions, j'essaie de comprendre : comment pouvons-nous en être arrivés là ? Ça paraît incroyable ! Et puis il y a l'économie d'un pays, la prospective... Ce qui me passionne en ce moment ? Quand on est dans ce milieu, on côtoie énormément de gens, souvent de haute stature. Connaître ces gens-là, leur démarche intellectuelle, c'est souvent surprenant. En plus, j'adore détailler ce que j'appelle la pyramide des grandes sociétés, l'équilibre qui se forme à côté des patrons, c'est comme une équipe, cela me fascine, m'impressionne, m'intéresse. Je suis très curieux de savoir ce qui fait notre société, notre économie, notre vie en général, ce qui nous fait vivre ou mal vivre. Souvent, d'ailleurs, c'est mal vivre. J'ai horreur du malheur.

Vous êtes malheureux ?
Je n'ai jamais été malheureux. Un moment de déprime oui, mais ce n'est pas du malheur, ce n'est pas du tout pareil. On n'a pas le droit d'être malheureux. Je l'ai été le jour où mon frère est mort. Quand il était malade, surtout. Ça, c'est le vrai malheur. Le reste, à côté, c'est dérisoire.

Votre frère est mort en 1987. L'année justement où vous commencez à vous sentir mal dans le milieu.
C'est vrai, ça correspondait juste... Quand on a connu ce que j'ai connu, ce que des milliers de gens connaissent, on se dit : c'est vraiment un drôle de milieu ! Qu'ils démolissent le sportif, je n'en ai rien à faire. Mais qu'ils démolissent l'homme, c'est ce qu'il y a de plus dur.

Décidément, il y a chez vous une qualité d'indignation ou de révolte qui vous fait vivre !
Il faut que les gens comprennent que quand je dénonce quelque chose, quand je m'indigne, il n'y a peut-être aucune chance pour que ça change, mais pourquoi ne pas essayer ? Il faut des gens comme moi, j'en suis persuadé.

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MessageSujet: Re: Alain Prost : l'interview   Jeu 1 Nov 2012 - 19:28

Vu le temps qu'il m'a fallu pour tout vous restituer correctement, j'espère que la lecture de ces propos qui ont 19 ans vous plaira ! Clin d'oeil

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Renault

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MessageSujet: Re: Alain Prost : l'interview   Jeu 1 Nov 2012 - 20:27

C'est très intéressant ce que tu nous proposes. ;)
Enfin, il y a beaucoup de choses dont je n'avais pas le contexte ni les éléments pour tout comprendre dans cet article, car j'étais trop jeune pour connaitre ce milieu là à ce moment là.
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MessageSujet: Re: Alain Prost : l'interview   Jeu 1 Nov 2012 - 21:49

Très intéressant.

On ressent toute la "haine" qu'il entretient avec Senna même s'il essaye de la dissimuler.

Un petit coté persecuté aussi.
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Jim Clark

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MessageSujet: Re: Alain Prost : l'interview   Ven 2 Nov 2012 - 0:04

Effectivement, super intéressant ! Super

Je ne suivais pas encore la F1 à cette époque (loin de là) et cette interview nous apprend pas mal de choses sur l'ambiance de l'époque, sur les coulisses de la F1.
Ca illustre notamment de la transformation de ce sport en véritable business.

D'ailleurs le paragraphe sur Ecclestone est toujours d'actualité. Rire

Bref, ça change des interviews inintéressantes qu'on a l'habitude de voir depuis quelques années. Taquin

Merci Green ! Clin d'oeil
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MessageSujet: Re: Alain Prost : l'interview   Jeu 14 Fév 2013 - 19:58

Mais de rien ! Mr Green

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MessageSujet: Re: Alain Prost : l'interview   Mar 24 Fév 2015 - 10:40

Alain Prost fête aujourd'hui ses 60 ans...

On se sent vieux. Large Sourire
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MessageSujet: Re: Alain Prost : l'interview   Mar 24 Fév 2015 - 11:19

Gamin :-)
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